Réussir au féminin

Axelle Jah Njiké

Le 19 novembre dernier, ont eu lieu les premières Rencontres aufeminin.com, organisées par Aude de Thuin, fondatrice du Women’s Forum for Economy and Society et auteure du livre Femmes si vous osiez, le monde s’en porterait mieux, et Marie-Laure Sauty de Chalon, PDG d’aufeminin.com.

Axelle Jah Njiké était l’une des invitées de cette journée. Fellow de la promotion 2013/14 du Startup Leadership Program, Axelle est la fondatrice et directrice artistique d’Emmanuelle Concept Stores, un concept innovant de galeries littéraires dédiées à l’érotisme au féminin, visant à accompagner les femmes dans la revendication et l’expression de leur désirs sexuels.

L’occasion de revenir sur quelques éléments de cette journée.

Maÿlis Dupont : Les Rencontres étaient intitulées « FEMMES ET REUSSITES », et l’on a entendu le témoignage de personnalités très différentes à ce sujet. Je pense à Catherine Sueur, Directrice Générale Déléguée à Radio France, au succès presque programmé, après de brillantes études à l’X et à l’ENA. Ou à Apollonia Poilâne, Présidente Directrice Générale des Boulangeries Poilâne, qui prend la succession de son père à 18 ans, suite au décès brutal de ses parents : « c’était une évidence », « j’ai été pétrie de cet amour-là ». J’ai envie de commencer par cette question : comment vois-tu la réussite, en ce qui te concerne ? Qu’est-ce que la réussite pour toi ?

Axelle Jah Njikė : Réussir, pour moi, c’est exercer dans quelque chose qui nous permet de faire ressortir notre personnalité, ses fondamentaux ou sa plus grande valeur ajoutée. C’est aussi conférer du sens à son existence en œuvrant pour qu’elle soit utile aux autres. Dans mon cas, c’est militer en faveur de la cause des femmes, et plus particulièrement pour des droits fondamentaux qui sont : lire, écrire, choisir… et jouir, auxquelles nous devrions TOUTES pouvoir avoir accès, mais c’est encore loin d’être le cas.

MD : La matinée a débuté avec le témoignage de six grands chefs d’entreprises, parmi lesquels Jean-Paul Agon, PDG de L’Oréal -traditionnellement considérée comme une entreprise « féminine ». Mais aussi Jean-Dominique Senard, Président du Groupe Michelin – groupe qui a beaucoup moins cette étiquette. Ou Francis Morel, PDG des Echos, qui a récemment fait les frais d’une « grève des signatures » des journalistes femmes de la rédaction. Il en est ressorti un constat à la fois rassurant : les femmes sont présentes, de plus en plus libérées, volontaires et outillées pour mener à bien vie professionnelle et vie personnelle – au risque même « d’étouffer » les hommes, qui rencontreraient plus de difficultés à se penser en-dehors de modèles étriqués, hérités du passé. Mais aussi des perspectives plus alarmantes : Carlo d’Asaro  Biondo, Vice-Président de Google, relevait ainsi que si les femmes ne grimpent pas autant que les hommes dans la hiérarchie, c’est qu’elles ne se retrouvent pas, ou pas suffisamment, dans les valeurs d’entreprise proposées. Ce point me semble essentiel, et nous ramène à cette responsabilité qu’ont les femmes, peut-être, de créer et de proposer de nouveaux modèles d’entreprise. Est-ce que tu voudrais en parler ? Quelles sont les valeurs de ton entreprise, de ton côté ?

AJN : De l’ensemble des orateurs présents lors de cette première table-ronde animée par Aude de Thuin et Marie-Laure Sauty de Chalon, je dois avouer que Carlo d’Asaro Biondo m’est apparu le plus en phase avec notre époque. Il a su être humble face à son auditoire, confesser que lui non plus n’avait pas été exempt de préjugés, et qu’il ne fallait pas craindre de tabler sur les valeurs. Qui, pour le coup, ne sont pas genrées. La crise actuelle est une opportunité pour les femmes ET pour les hommes de contribuer à un changement de paradigme de société, et c’est effectivement en combinant nos différences de points de vue et de vécus que nous y parviendrons. Ensemble.

L’égalité est une valeur qui me semble fondamentale. Elle est au cœur de l’initiative que je porte aujourd’hui. La sexualité est un enjeu principal dans l’émancipation des femmes. Permettre aux femmes d’être libres dans leur sexualité contribuera immanquablement à un épanouissement, dont les hommes aussi seront bénéficiaires. Et par ricochet, nos sociétés toutes entières.

Le partage est une autre valeur primordiale à mes yeux, parce que « tout ce qui n’est pas donné est perdu » selon un proverbe indien qui a depuis longtemps fait ses preuves dans ma vie!

Mais, par-dessus toutes ces valeurs, il y a bien entendu le plaisir. Celui a être, faire, et transmettre. Plaisir, égalité, partage et bienveillance seraient ainsi les valeurs que j’inscrirais au fronton de ma société.

MD : Merci, Axelle. Est-ce qu’il y a une phrase, ou un autre moment marquant de ces premières Rencontres aufeminin.com que tu aurais envie de transmettre ?

AJN : Sans conteste qu’il faut croire à la force du témoignage : il est important. L’ambition n’est pas un gros mot, surtout lorsqu’on est une femme. Il faut être ce que nous souhaitons être, et pour cela avoir une réflexion personnelle sur notre capacité à ÊTRE, l’audace d’incarner ce que nous sommes ! Et, plus que tout, OSER être ambitieuse, car le monde à besoin de chacune d’entre nous, comme l’a fort judicieusement rappelé Aude de Thuin, en conclusion de cette incroyable journée.

MD : C’est ce que tu veux par dessus tout transmettre à ta fille ? Comment la vois-tu dans dix ans ? Que sera devenue la société, selon toi, sur ces questions hommes-femmes ?

AJN : Ma fille a 21 ans, et appartient à cette fameuse génération Y pour qui la mixité apparaît incontournable. J’ai toujours taché de lui transmettre, dans la mesure de mes capacités et de ma propre évolution personnelle (les enfants ne croient qu’à l’exemple!), la liberté d’être elle-même, la conviction que sa voix compte et qu’elle peut être un acteur de changement en ce monde. Comment je la vois dans dix ans ? Au cœur d’une cause et aux manettes d’un projet, voire de plusieurs, qui lui aura permis d’exprimer son potentiel. J’espère que nous serons parvenus à ce moment-là, grâce à des Rencontres comme celles d’aufeminin.com, à une plus grande mixité, voire égalité en matière de représentations genrées. Parce qu’il y a encore fort à faire, et urgence, non seulement pour nous, mais pour les générations futures, à changer les choses.